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29.08.2006
Fred

Depuis ma note sur Vincent, je tourne comme un lion en cage pour en écrire une sur la suite logique de mon clan...
Fred...
Deux jours que je me demande comment l'aborder, comment l'écrire, comment faire passer mes émotions, tout l'amour que j'ai eu et que j'ai encore pour elle, j'ai tout essayé, écouter la musique qu'on aimait, revoir des photos, des endroits que nous avons fréquenté, mais je me faisais plus de mal qu'autre chose... donc comment commencer ???
Puis je me dis que le plus simple est carrement d'ouvrir une page et se "laisser aller".
Je me souviens comme si c'était hier de notre première rencontre, je l'ai connue par l'intermédiaire d'une amie, elle avait une relation avec le frère de celle ci.
La premiere chose que j'ai vu d'elle a été sa cascade de boucles, elles s'arretaient au creux de ses reins. Je l'entendais rire, elle avait ce rire particulier qui vient du fond de la gorge.
Je me demandais qui était cette grande perche rousse, à la taille fine et les jambes interminables "la vache" elle ressemblait à une pin up de Vargas.
Elle avait la voix un rien rauque, mais qui lui allait si bien. Elle s'est retournée vers moi m'a adressé un sourire immense, elle avait des yeux verts, gigantesques, qui lui mangeaient pratiquement tout le visage. Ils étaient expressif à l'extrème, rieurs. Fred avait la particularité de pouvoir faire passer toutes ses emotions dans son regard. Elle avait le regard qui ne mentait pas.
Ce qui devait être une banale rencontre c'est transformée en une amitié comme jamais j'en ai connu auparavant.
Je souhaite à quiconque, une fois dans sa vie de connaître une telle amitié.
Nous étions "complémentaires", il nous suffisait un regard pour nous comprendre. Les mêmes idées, mais pas toujours les mêmes avis, nous étions fusionnelles, d'une franchise brutale, qui faisait mal parfois,mais on ne savait pas se parler autrement... Oui nous avons eu des mots , oui il y a eu aussi des "putains, cons, merdes, fait chier" quand on s'expliquait, des portes qui claquent aussi... Mais nos réconciliations étaient à la hauteur de nos engueulades. Elle est la seule en qui je n'ai jamais eu la moindre rancune, j'avais toute sa confiance, elle avait toute la mienne, entiere, absolue.
Nous étions le trio infernal, Elle, Vincent, Moi... unis comme les doigts de la main...oui ça fait clichet, mais nous étions vraiment comme ça, en contact perpetuel.
J'allais la voir à Nice, je passais la journée avec elle, et à peine rentrer, on s'appelait, on n'avait pas tout dit, il nous restait encore des choses à échanger.
Nos rendez vous sur Paris étaient riches en émotions, fous rire en tout genre, à parler des heures entières de notre vécu, les expériences que nous avons pu avoir. Notre passion pour les livres, le tissu, la musique (ouais les daubes), la peinture, la haute couture, les differentes choses qu'on pouvait faire de nos mains, elle m'a ouvert les portes du musée de la mode, de la Fondation Berger.
On avait de nouveau 15 ans, on passait des nuits entières à parler, se confier, à rire, à se souler parfois, à danser, chanter à tue tete nos vieux hits
Puis apres une deception amoureuse, elle a fait la connaissance de Christophe, cet homme était un ange, il a su l'aimer dans le bonheur comme le malheur .
Mais la maladie est venue, elle avait même pas 32 ans, et là tout c'est enchainé, tout d'abord les ovaires, puis l'utérus, puis la vessie, cette saloperie de cancer la "bouffait" un peu plus à chaque fois. Mais jamais, non jamais elle s'est laissée abattre. Elle a eu le courage (les couilles qu'elle n'avait pas, comme le disait) d'affronter sa maladie, acceptant, les nouveaux protocoles, les nouveaux soins, mais en Juillet 2003 n'en pouvant plus elle s'est laissée aller, elle ne voulait plus lutter. Trop fatiguée, elle avait perdu plus de 10 kilos, sa cascade de cheveux que j'ai du couper, car elle refusait que la chimio lui fasse tomber les tifs.
Elle ne voulait plus mener un combat qu'elle savait déjà perdu d'avance. Elle me disait sans cesse "Fa, s'il te plait, mets un peu de côté cette putain d'ethique, je n'en peux plus, s'il te plait comprends moi, j'ai eu la vie que je voulais, je me suis mariée avec un homme qui n'a pas eu peur de m'aimer dans ma maladie, alors si je decide de partir, putain de merde accompagne moi, car je ne pourrais pas le faire toute seule."
Je l'ai fait, comme j'ai pu. En demandant de l'aide un peu partout autour de moi....
Doudou qui en a mangé plein la tête à cette époque là.
Chameau a qui je disais tout, supportant mes humeurs, mes angoisses, il a été d'une patience infinie...
David... euh enfin je pensais (ils s'ecrivaient avec Fred) mais le soir où j'ai appris que Fred était en "réanimation" nous étions tous les deux invités à une reception, chacun en couple, David n'a pas levé le petit doigt, ni à demander pourquoi j'étais dans un état second (il s'occupait de sa nana à l'époque!!)
Doudou qui ne savait plus quoi faire pour me calmer, essayer de relativiser les choses. J'ai eu ce soir là Chameau pendant plus d'une heure au téléphone, lui gueulant ma souffrance, ma douleur, mon incapacité à ne pouvoir rien faire, ce con de service étant un service "fermé" seule la famille y avait accès.
Elle s'est éteinte comme une bougie le 26 Juillet 2003
J'ai mis 2 ans pour l'encaisser, 2 ans pour pouvoir comprendre sa décision de "laisser tomber", pouvoir partir si elle le voulait, et comme elle le voulait.
Je pourrais mettre encore des mots, encore et encore, mais ça ne serait pas utile. Il y a juste une chose à retenir.
Elle était, elle est, elle restera mon AMIE, mon double, mon ombre.... liées à jamais
18:25 Publié dans mon clan, ma tribu | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
Commentaires
Comment te dire ça... J'y vois énormément de points communs entre notre amitié et votre amitié... Les délires, les engueulades, le besoin de communiquer en permanence sur tout et n'importe quoi. J'y retrouve toute la dévotion, la générosité et la passion que tu as pour les gens que tu aimes, ton caractère entier. Tu sais que je serais toujours là pour les meilleurs moments comme les plus désagréables. Ta note me bouleverse tout simplement...
Ecrit par : Arno Du Saint Kant | 29.08.2006
Je n'ai même pas réussi à te changer comme Fred a pu le faire . Elle était la seule envers qui tu acceptais de l'aide sans rechigner , toi qui hurle à qui veut bien t'entendre que tu t'es faite toute seule . Elle te manque , ellle me manque mais je sais que là où elle est elle veille sur toi comme un ange gardien .............
Ecrit par : Doudou | 29.08.2006
en effet, "se laisser aller" pour écrire, c'est ce qu'il fallait faire. toutes les émotions passent et j'en ai la chair de poule.
Ecrit par : nie | 30.08.2006
Quoi dire? C'est tellement intime.
C'est un bel hommage d'une copine comme on aimerait avoir.
Ecrit par : NJ | 30.08.2006
moi je peux rien dire...trop de souvenirs différents mais si proches.....
Ecrit par : eric | 30.08.2006
Un seul regret celui de ne pas l'avoir connu...
Je me souviens t'avoir mis un coup de pied monumental un jour, un jour ou ma patience à failli de te voir souffrir, les mots était ce jours la fade, mais dur à entendre " Arrête de vivre avec les morts "... Maintenant je peut te dire que c'est Fred qui vit à travers toi, c'est un trés bel hommage, et un jour peut être sur cette île prés de chez moi je croiserais son fantôme me disant... "continu, aide, sois là pour elle et surtout la ménage pas", en suite je suivrais un chien pour continuer ma route en cherchant comment embeter encore plus ma Peste !
Ecrit par : Chameau | 30.08.2006
Je pense, je trouve que tu as été trop sympa avec moi dans ta note. Je sais de quoi je parle. Ce fameux jour à cette réception, avec ma nana. Il y a eu par la suite deux ans, une rupture, une traversée du désert bien méritée. Et je sais que tu m'en veux encore. Et tu as bien raison. Je ne vais pas m'éterniser sur mon attitude.
J'ai sous les yeux le dernier mail que j'ai reçu de Fred. Enfin je pense que c'est le dernier qu'elle m'ait envoyé. il date du dimanche 21 Avril 2002 à 15h09 pour être précis. je ne te l'ai pas encore fait lire maintenant que j'y pense.
J'ai été surpris le jour où j'ai reçu le premier mail de Fred, ta Fred, celle qui faisait partie de ta tribu au même titre que Vincent. Qui étais-je pour elle à part un de tes amis proches. Par ses écrits j'ai découvert une personne, une femme que j'aurai aimé rencontrer. Elle m'a plû tout de suite. Juste par ses écrits tu vas me dire ? Et bien oui. Comme ça, en un instant. Nous avons échangés quelques mails par la suite et j'ai découvert une personne extraordinaire, au-dessus du commun des pauvres mortels que nous sommes et que nous resterons jusqu'à notre dernier souffle. Une personne incroyable, fantastique avec une pêche d'enfer. Elle avait une puissance intérieure et un rayonnement monstrueux.
Je savais pour son cancer, par toi bien entendu. Son combat, ses nombreux protocoles pour essayer d'être plus rapide et plus forte que cette saloperie immonde. Elle avait la râge de vivre et de combattre sa maladie. Elle t'avait, elle avait Vincent. Elle l'avait Christophe aussi. Ce fameux soir, j'ai appris la nouvelle par Laurent. Nous avons eu par la suite une conversation téléphonique et nous avons parlé de Fred, de sa décision de ne pas commencer un nouveau protocole. Un de plus. je crois me souvenir que son mari était au courant. Elle est partie comme elle le voulait. Je ne sais pas comment dire ce que j'éprouve, ce que je ressens. Elle n'a pas vraiment baissée les bras. Elle a simplement dit "Stop" et elle est partie. Elle a laissée des êtres désemparés et orphelins ici-bas. Un l'a rejoint. Les autres sont restés. Seuls. Inconsolables. Tristes.
Il parait que l'on trouve des anges sur cette petite planète bleue que l'on nomme la Terre. Ce qui est certain c'est qu'il y en avait bien un et il a pris son envol.
Ecrit par : David | 30.08.2006












