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29.03.2008
Ils vivent avec...

Pour la 4eme fois, j'en parle, et ça n'est pas prêt de s'arreter... 4 ans que je gueule sur cette saloperie que je cotoie tous les jours, qui est devenue ma "copine" de boulot, celle qui me demande le plus d'énergie, le plus de recul, le plus d'écoute.
Cette année ça fait 4ans que je travaille dans le même service, 4eme note concernant ce foutu virus, qui en a fait defiler plus d'un dans mon service
Non cette année je ne mettrais pas les prénoms de ceux que j'ai "perdu", car la liste est trop longue et parmi eux se trouvent des personnes qui m'ont beaucoup appris, apportés, et fait avancer, qui m'ont donné des leçons d'humilité merci à eux pour ça.
Non cette année j'aurais aimé vous dire ce que veut dire vivre avec cette foutue maladie. La "lourdeur" de cette pathologie, oui une fois encore la science a fait des progrès oui les traitements pour les "maintenir" existent, mais à quel prix pour eux... je parle humainement...
Revoir son style de vie, d'alimentation, les projets qui ne peuvent être élaborés qu'à court terme, le fait d'aller parfaitement bien un jour et se retrouver le lendemain à l'hopital parce qu'on ne tient plus debout, parce qu'avaler devient un vrai supplice, parce que le dosage des médicaments ne convient plus, parce que le voisin ou les parents l'ont retrouvé par terre avec impossibilité de se remettre droit, parce que cette fois ci cette saloperie a touché le niveau cérébral et je retrouve un patient avec le comportement d'un bébé ne sachant plus où il est, ni comment faire pour manger, qui tient des propos plus qu'incohérants, la perte de poids vertigineuse, les voir "flotter" dans leurs affaires, sans parler des nausées, des vertiges, des somnolences.
Ne plus pouvoir pendant un certain temps travailler, ne plus pouvoir se réaliser, en attendant que le toubib trouve une parade pour le "retaper" et le laisser ensuite sortir sur une structure qui va pouvoir l'aider.
Je les vois vivre une vie dite "normale" avec un moral à toute épreuve, mais je les vois aussi plonger de haut très haut quand ils rendent compte que ce virus les ralentis, que leur corps a des limites qu'avant il n'avait pas.
Voir le cercle "d'amis", ceux qui restent et qui se battent, et ceux qui ont peur qui fuient, et pourtant aucun jugement n'est porté, ils encaissent et font avec. L'appui de la famille qui a décidé de se battre avec eux.
Mais le pire reste leur moment de "lucidité" les moments où ils gueulent envers et contre tout, leurs doutes, leurs questions si directes, trop directes...
Mais cependant Bravo à eux pour leur courage, leur leçon de vie, leur force de se battre malgré tout, avoir "envie" de continuer.
Et nous pendant ce temps que pouvons nous faire? Juste un numéro, le 110. Pendant 3 jours penser à eux. Etre avec eux.
17:30 Publié dans coup de gueule | Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
Commentaires
Poignant, viscéral... Juste l'espoir de se dire qu'un jour il y aura une note disant que c'est terminé tout ça... Juste l'espoir de se dire que c'est terminé parce que tu écris ta dernière note sur ce sujet vue que cette horreur aura perdu face à un vaccin et qu'elle n'est plus qu'un cauchemar derrière nous tous... J'espère que nous la lirons cette note... Il faudra bien qu'elle existe...
Ecrit par : Arno Du Saint Kant | 29.03.2008
Oui, poignant, viscéral... et j'aimerais espérer comme Arno, mais quand bien même l'homme vaincrait le sida... qu'un autre virus apparaîtra... et je dirais même plusieurs. Non, ce n'est pas du pessimisme, c'est une réalité probable. L'avenir des humains n'est pas rose, alors, "carpe diem" ! Soyons de bons vivants !
Ecrit par : G.Mike | 31.03.2008
j'admire ta force de voir tout cela, de travailler dans ce contexte. tu penses que tu dois bien les aider par ce que tu es.
bises
Ecrit par : nie | 01.04.2008
Arno -> faut pas rêver non plus... Sincèrement le vaccin j'ai de plus en plus de doute...mais bon en attendant il faut bien faire quelque chose, finalement je ne suis pas "prête" à partir de mon service, il y a tant encore à faire.
G.Mike -> T'as tout compris, tu n'es pas pessimiste, mais réaliste.
Nie -> Je n'ai aucun mérite dans ce que je fais, c'est à moi de leur dire merci, car dans leur malheur, j'aime ce que je fais je m'épanouie dans mon boulot, je me sens "utile" "disponible" "ouverte" ils m'ont "ouvert" les yeux, démontrés une autre face de ma personnalité.
Ecrit par : Fa | 01.04.2008
Terriblement angoissant pour les victimes de ce virus, même si les tri thérapies ont permis de repousser les limites ca n'en reste pas moins une maladie fatale. pour ce qui concerne le vaccin malheureusemnet tout comme toi je suis assez pessimiste, non pas qu'il n'y ai pas assez de recherche sur le domaine mais parce que c'est tellement complexe :o( Quand je vois l'impasse dans laquelle on est dans nos recherches sur un vaccin contre la malaria et son terrible parasite malgré l'énergie consacrée c'est vrai que c'est terrible alors oui il faut donner encore et encore et espérer car il ne faut pas baisser les bras...
Heureusement qu'il y a des gens comme toi dans les services hospitaliers qui essayent dans la mesure du possible de rendre moins pénible ces terribles parcours
Ecrit par : Jipes | 21.05.2008












